La désertification médicale est une maladie qui nécessite un traitement de choc, sur le long terme. Les symptômes sont clairs, le diagnostic ne fait aucun doute, mais les gouvernements successifs peinent à administrer les bons médicaments pour favoriser le recrutement de médecin. Or, il semblerait que les choses avancent : en octobre dernier, la ministre de la Santé a dévoilé un plan destiné à renforcer l’accès aux soins dans les territoires. Voici les principales mesures qui s’en dégagent.

L’esprit du plan de santé présenté par le gouvernement

ambulance pour désert médical
Au vu des mesures présentées par le ministère de la Santé, il faudrait en réalité parler plus sûrement de « plan territorial » que de « plan gouvernemental ». Et pour cause : l’objectif affiché est bien de « renforcer l’accès territorial aux soins », comme l’a rappelé la ministre Agnès Buzyn, et non pas de traiter le problème du recrutement de médecin par le haut (au niveau national).

En somme, chaque territoire aura à sa disposition une ordonnance qu’il pourra adapter à sa guise pour améliorer sa situation médicale : recrutement médecin via des publications d’annonces sur les plateformes web, ouverture de maisons de santé pluridisciplinaires, incitation au partage des tâches chez les praticiens, ou encore prise en compte des solutions innovantes relatives à l’e-santé (comme la télémédecine).

Des mesures pour faciliter le recrutement de médecin dans les zones désertées

Dans l’esprit, le plan du gouvernement vise à favoriser le recrutement de médecin au sein des territoires à l’aide de simplifications administratives et de l’optimisation des statuts existants. Les mesures en question sont les suivantes :

  • Ouverture accrue des maisons de santé pluridisciplinaires : leur nombre devrait doubler sur la durée du quinquennat d’Emmanuel Macron.
  • Partage des tâches : les médecins seront encouragés à partager leur temps entre leur lieu de travail habituel (hôpital, cabinet, centre de soins) et un désert médical, à raison d’un ou deux jours par semaine. Les postes dits « d’assistants partagés » permettront d’aller plus loin encore, en officialisant le partage du temps d’exercice (300 postes de ce type créés en 2018). Le gouvernement envisage aussi de développer le statut de médecin-adjoint, grâce auquel des internes peuvent aider un praticien installé dans une zone touristique, lorsque la charge devient trop importante.
  • Dans le même ordre d’idées, le gouvernement veut inciter à la découverte de l’exercice de la médecine dans les cabinets (alors que les étudiants travaillent majoritairement en hôpital au cours de leur formation), via une revalorisation de l’indemnité perçue par les maîtres de stage dans les territoires délaissés.
  • Enfin, le cumul emploi-retraite des médecins a permis d’alléger le besoin dans de nombreux déserts médicaux. Le gouvernement voudrait faciliter toujours plus cette possibilité de cumul.

En quoi ces propositions pourraient faciliter le recrutement de médecin dans les zones où les besoins sont importants ? En jouant la carte de la découverte, essentiellement. Le gouvernement donnera la possibilité aux collectivités de faire venir étudiants et jeunes praticiens pour exercer en parallèle de leur formation ou de leur poste habituel, générant chez eux le goût du travail dans les zones rurales.

Les grands absents de ce plan santé

Le plan dévoilé par Agnès Buzyn et Édouard Philippe est certes riche en propositions, mais il fait également l’impasse sur plusieurs mesures emblématiques permettant d’améliorer le recrutement de médecin dans les zones qui en manquent. On remarque notamment l’absence des solutions prônées par les gouvernements successifs, mais qui n’ont jamais vu la lumière du jour, comme par exemple :

  • L’ouverture du numerus clausus ;
  • Un accompagnement amélioré des patients via la digitalisation de la santé
  • Un système de sectorisation visant à « placer » les jeunes diplômés dans les collectivités locales à l’issue de leurs études, en fonction des besoins territoriaux ;
  • Les primes à l’installation (certaines collectivités se sont substituées à l’État pour favoriser leur recrutement de médecin par ce biais).

Force est de constater que ces mesures continueront longtemps d’être absentes des plans gouvernementaux – étant particulièrement impopulaires du point de vue des professionnels de santé comme de l’État lui-même. Elles pourraient bien, pourtant, constituer un début de réponse efficace au problème du recrutement de médecin.

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